30° Degrés Magazine - David Allemand,

David Allemand,
poète de l’image

Texte: 30° Degrés Magazine: Claude Hervé-bazin | Photo: David Allemand

Il se définit comme «photographe de nature». Amoureux éperdu du Grand Nord et des chouettes, David Allemand traque la vie, magnifiée par la beauté des lumières et l’esthétique des formes, dans les grands espaces libérés de la main de l’homme. Une (belle) manière de témoigner de la fragilité du monde sauvage.

David Allemand n’est pas homme à se laisser prendre par le vertige. Cordiste de formation, le Provençal a longtemps tutoyé les toits des immeubles et les falaises de bord de route, avant de troquer ses cordes et ses mousquetons pour l’appareil photo. L’appel du large l’a très vite entraîné vers le Nord. Là-haut, au plus près du cercle polaire, les lumières printanières infusent les paysages de leur intense douceur dorée – et, bientôt, les journées durent une éternité. Là-bas, l’homme ne semble souvent qu’invité, spectateur d’une nature forte qui impose encore sa loi plutôt que de se la laisser dicter. « La découverte et la beauté de ces lieux, leur pureté permettent l’éveil de tous les sens. Plus nous passons de temps au contact de la nature, plus celle-ci fait naître en nous cette inspiration qui est l’élan nécessaire à la photographie. La retranscrire par l’image, c’est essayer de communier au mieux avec elle dans une véritable philosophie de vie, synonyme d’enrichissement et de paix intérieure », affirme l’intéressé.

Le bestiaire des 13 chouettes européennes

Photographe à plein temps depuis une quinzaine d’années, David Allemand a une drôle de passion: il collectionne les chouettes et les hiboux. « Il en existe 13 espèces en Europe », nous apprend-il. Voilà une décennie au moins qu’il s’ingénie à leur tirer le portrait. Cinq ans qu’il s’y consacre pleinement, du nord au sud, d’est en ouest du continent. S’appuyant sur de solides connaissances biologiques et un – désormais – vaste réseau de scientifiques et naturalistes-conseils, il les suit jusque dans leurs retranchements.

Les plus difficiles à photographier ? L’effraie. La hulotte. Et plus encore le petit-duc, espèce aussi discrète que timorée, qui migre l’hiver vers les cieux plus cléments de l’Afrique du Nord. Petit miracle, en 2016, après six ans d’attente, un couple s’est installé dans le nichoir installé par David et son épouse Stéphanie dans leur jardin provençal !

Chouettes et hiboux sont nocturnes ? Oui. Et non. Les Allemand ont réussi à tous leur tirer le portrait de jour, dans les plus beaux décors et lumières. Tout est affaire de savoir. L’effraie, qui évolue exclusivement de nuit en France et en Suisse, se fait parfois chasseuse diurne en Grande-Bretagne. Quant aux territoires du Nord, ils déroulent des étés qui oblitèrent jusqu’à l’existence même de la nuit, obligeant les oiseaux au bain de soleil.

Résultat? Un chouette livre plein de poésie, à paraître à l’automne 2017, écrit par Stéphanie et intégralement photographié par David (disponible par souscription). Sa sortie sera aussi l’occasion d’une belle exposition en grands tirages au célèbre Festival international de la photo animalière et de nature de Montier-en-Der (16-19 novembre 2017).

Un photographe respectueux de la nature

David a un leitmotiv : pour ce projet, il n’a jamais utilisé de flash et n’apprécie pas davantage les barrières infrarouges, qui permettent de photographier un animal sans même être présent. Ses techniques de prédilection ? Le repérage, la patience et la maîtrise de l’incompressible frustration (appareil en panne, trépied et sujets envolés…). L’une de ses images-fétiches, montrant un remuant cincle plongeur dans les cascades du Verdon, au panache aquatique figé par une pose longue, a exigé des jours d’affût et d’essais.

Adepte du mode manuel et de la photo en rafale, David aime figer le sujet dans son envol (au 1000e ou 2000e de seconde) après avoir réussi à anticiper ses déplacements. Dans ses clichés, très peu retouchés, oiseaux et mammifères partagent volontiers la vedette avec les paysages, les forêts, les arbres. Le mouvement, la composition y jouent de grands rôles. « J’attache beaucoup d’importance au graphisme et au coté artistique de l’image, en utilisant des techniques comme le filé ou la pose longue », précise David.

Concours, expositions et croisières

Au fil de la décennie écoulée, l’ex-cordiste a récolté pas moins d’une quarantaine dedistinctions dans les grands concours de photo internationaux – notamment, année après année, aux Global Arctic Awards russes. Il a depuis été enrôlé comme membre du jury et même président. Une tribune qui lui permet de multiplier les lieux d’exposition et de témoigner, à sa mesure, du réchauffement climatique qui menace si ardemment les terres polaires. « Il est pour nous essentiel d’apporter une note de poésie dans nos images pour sensibiliser le plus grand nombre de personnes », dit-il, citant fièrement l’utilisation d’un de ses clichés dans le cadre de la campagne l’Appel des Pôles, patronnée par l’Unesco en faveur d’une meilleure gouvernance des régions polaires.

Si attaché à cette partie du monde, le couple Allemand y revient chaque année en tant que guides photographes sur divers bateaux de croisière (en partenariat avec l’agence suisse Grands Espaces). Le duo organise aussi ses propres stages, en Finlande, en Norvège et dans ce Verdon où David passait toutes ses vacances, enfant – le sujet d’un autre beau livre.

www.david-allemand.com

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