Ben Walker, faiseur de pistes et de tendances

Posté par davidcarlierphotographyTexte: 30° Magazine / Images :David Carlier

Ex-star des films et des magazines de vélo freeride, l’Américain s’est installé à Champéry (VS). Passion chevillée au corps et expérience en bandoulière, il améliore désormais les prototypes de la marque Scott, trace des pistes de VTT et soutient de jeunes talents.

Dans les pays anglo-saxons, son nom est des plus communs. Mais le Ben Walker dont nous allons vous conter l’histoire ici n’a rien d’ordinaire. Il y a une dizaine d’années, cet Américain de 36 ans faisait la une des couvertures des plus prestigieux magazines spécialisés et était à l’affiche des films freeride les plus regardés de la planète VTT. Une véritable star, pas même passée par la case compétition. «Je n’en ai jamais eu envie, car je ne voulais pas devoir faire de la représentation dans des événements qui ne plaisaient pas», lâche l’homme dans un excellent français, bercé par un accent nord-américain indélébile.

Le compromis, très peu pour lui. Ben a toujours su où il voulait aller, évitant les virages inutiles et les coups de frein intempestifs. En l’an 2000, le voici pourtant qui sort de sa route toute tracée, traverse l’océan Atlantique. «J’ai rencontré une Suissesse au Costa Rica. Nous vivons ensemble depuis 15 ans et sommes mariés depuis 10 ans!, explique ce natif de l’Arizona. Je n’imaginais pas qu’en Suisse le niveau des remontées mécaniques et la qualité des pistes étaient tels. Si bien qu’aujourd’hui, j’ai vraiment l’impression d’être davantage chez moi ici que là où je suis né!» Après une escale à Châtel, en France – «pas assez authentique à mon goût, je pouvais parler anglais et ne parvenais pas à améliorer mon français» –, le couple déménage à Champéry, dans un vieux chalet de 1785. Là, Ben redessine son avenir d’insatiable passionné de la petite reine, version freeride.

Testeur de prototypes
Dans la vie de Ben Walker, tout tourne – et pas en rond! – autour du VTT. Le couple pratique cette discipline assidument, en plus du snowboard. Sa vie professionnelle va de même… L’Américain gère les pistes de VTT de sa commune et, avec son équipe, a organisé durant plusieurs années des manches de la coupe du monde de VTT – et même, en 2011, les championnats du monde. Il travaille de surcroît à 60% pour la marque de vélo Scott en tant que chef de produit et coordinateur marketing. Un titre, au demeurant classique, qui cache un cahier des charges insoupçonné. «Je fais le lien entre les ingénieurs, les designers et les athlètes afin d’améliorer les produits, précise-t-il. Concrètement, Ben met ses innombrables heures d’expérience acquises en selle pendant plus de 10 ans au service de la marque suisse, en allant tester ses prototypes sur le terrain. Et son verdict est sans appel. Quand les modèles ne lui conviennent pas, il les triture pour qu’ils prennent les formes voulues: coups de ciseaux, mais aussi de fils grâce à sa vieille machine à coudre Singer. «Je les modifie au feeling jusqu’à ce que je sois content. Je coupe une sangle, l’accroche ailleurs après avoir constaté, durant une session, qu’elle glisse.» Genouillères, cadres de vélo, etc., tout passe entre ses mains expertes et bricoleuses. «Cela va plus vite de faire directement les adaptations, sourit-il.
A force de casser du matériel, je me suis forgé une belle expérience, que j’ai pu affiner en côtoyant les ingénieurs au bureau Scott de Fribourg, à Givisiez, que je fréquente une fois par semaine, ou quand ils me rejoignent sur le terrain.»

La finance appliquée au VTT
«J’ai étudié la finance, car c’est important de bien gérer l’argent dans un domaine comme le freeride, où l’efficacité doit se retrouver à tous les niveaux. Mais c’était avant tout un outil destiné à me permettre d’évoluer dans le milieu qui me passionne», ajoute Ben. L’intérêt est ailleurs. «Avec un vélo, on peut sans cesse progresser par soi-même, toujours repousser ses limites, qui plus est dans des décors magnifiques. Dans les sports mécaniques, il y a beaucoup de paramètres compliqués à comprendre, et donc à améliorer. J’aime autant réfléchir à un vélo que rouler, tracer un chemin ou participer à un film.»

Aujourd’hui, Ben Walker n’apparaît plus guère à l’écran. «J’ai eu mon heure. Désormais, je préfère évoluer loin des caméras et mettre sous les feux des projecteurs les jeunes que je sponsorise par l’entremise de Scott. Leur donner la chance d’essayer de réaliser leur rêve, comme moi j’ai pu vivre le mien en mon temps.» Sa plus grande fierté? «L’ensemble du parcours accompli avec mes équipes, car c’est un peu comme si j’étais reparti de zéro en venant en Suisse», répond l’intéressé. Restaient toutefois des bases certaines, qui lui ont permis de devenir un vrai faiseur de pistes et de tendances…


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